Article spécialisé · Surface oculaire · Mise à jour juillet 2026
Collyres de PRP en ophtalmologie : que démontre la science ?
Les collyres dérivés du sang sont surtout étudiés dans les atteintes sévères ou persistantes de la surface oculaire. Cet article fait le point sur les données disponibles et explique pourquoi le tube, la centrifugeuse et le procédé de préparation doivent être évalués comme un seul système.
En bref
Les collyres de PRP ne constituent pas une méthode générale contre les « maladies oculaires ». Ils sont principalement étudiés comme substituts lacrymaux biologiques dans les atteintes de la surface oculaire, notamment la sécheresse oculaire et les défauts persistants de l’épithélium cornéen. Les synthèses récentes suggèrent des bénéfices possibles sur les symptômes et la coloration de la surface oculaire. Les études diffèrent toutefois fortement quant à la préparation, la concentration, l’administration et la durée de suivi. Il n’est donc pas justifié d’affirmer de manière générale qu’ils guérissent ou qu’ils sont supérieurs.1, 2, 3
Que sont les collyres de PRP ?
PRP signifie platelet-rich plasma, ou plasma riche en plaquettes. Pour préparer des collyres autologues de PRP, le sang de la personne concernée est traité dans un cadre médical. L’objectif est d’obtenir une fraction plasmatique dont la concentration en plaquettes est supérieure à celle du sang initial. Après activation, les plaquettes peuvent libérer des facteurs de croissance et d’autres protéines de signalisation impliqués dans les processus de réparation et d’inflammation de la surface oculaire.
Cette appellation ne désigne toutefois pas un produit standardisé. La concentration plaquettaire, la teneur en leucocytes, l’activation, la dilution, le stockage et la posologie varient selon le procédé. Ces différences compliquent la comparaison directe des études cliniques.
Dans quelles situations le PRP est-il étudié ?
Sécheresse oculaire
Les collyres de PRP sont surtout étudiés dans les formes modérées à sévères ou résistantes au traitement. Une méta-analyse en réseau portant sur 16 essais randomisés et 898 participants a observé des avantages par rapport aux larmes artificielles pour certains critères, notamment l’Ocular Surface Disease Index et la coloration cornéenne à la fluorescéine. La portée des résultats reste limitée par les différences méthodologiques et les risques de biais.2
Défauts persistants de l’épithélium cornéen
Des collyres de PRP ou de PRGF ont été utilisés dans des séries de cas et de petites études comparatives lorsque les défauts ne cicatrisaient pas malgré les soins habituels. Plusieurs travaux rapportent une réépithélialisation plus rapide. Les causes sous-jacentes étaient cependant diverses et de grandes études menées selon un protocole uniforme font défaut.4, 5
Kératopathie neurotrophique et surface oculaire complexe
Les substituts lacrymaux dérivés du sang peuvent avoir une place dans des protocoles spécialisés pour les surfaces oculaires neurotrophiques ou gravement lésées. Le traitement de la cause et un suivi ophtalmologique rapproché restent indispensables.3, 6
Autres maladies oculaires
Les données analysées ici concernent principalement la surface oculaire. Elles ne permettent pas de conclure à une efficacité dans la cataracte, le glaucome, les maladies rétiniennes ou les infections oculaires aiguës. Les collyres de PRP ne remplacent pas un traitement anti-infectieux, chirurgical ou étiologique.
Que montrent les données actuelles ?
Les données disponibles sont globalement encourageantes, mais hétérogènes. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2024 a estimé que le PRP pouvait améliorer les symptômes subjectifs et certains signes objectifs de sécheresse oculaire.1 Une autre méta-analyse en réseau a comparé plusieurs produits sanguins et observé des avantages des collyres de PRP par rapport aux larmes artificielles pour certains critères. Plusieurs comparaisons directes entre produits sanguins n’ont toutefois pas montré de différence statistiquement nette.2
Le rapport TFOS DEWS III actuel classe le sérum autologue et le PRP parmi les substituts lacrymaux biologiques dans une prise en charge graduée de la sécheresse oculaire. Ils doivent donc être considérés comme des options spécialisées possibles, et non comme un traitement universel de première intention.3
- Amélioration possible des symptômes : plusieurs études ont montré une baisse des scores de symptômes, notamment de l’OSDI.
- Amélioration possible de la surface cornéenne : la coloration à la fluorescéine a notamment montré des signaux favorables dans les méta-analyses.
- Plausibilité biologique : les plaquettes libèrent des facteurs impliqués dans la migration épithéliale, la prolifération cellulaire et la réparation tissulaire.
- Absence de préparation standardisée : les préparations de PRP étudiées diffèrent parfois fortement.
- Comparabilité limitée : les diagnostics, la sévérité, les traitements associés et les critères d’évaluation ne sont pas uniformisés.
- Études parfois petites : pour de nombreuses atteintes cornéennes spécifiques, seules des séries de cas ou de petits groupes comparatifs sont disponibles.
- Peu de données à long terme : la durée de l’effet, la durée optimale du traitement et les risques rares restent insuffisamment documentés.
Collyres de PRP et sérum autologue : ce n’est pas la même chose
| Caractéristique | Collyres de PRP | Collyres de sérum autologue |
|---|---|---|
| Matière de départ | Fraction plasmatique enrichie en plaquettes | Sérum obtenu après coagulation du sang |
| Plaquettes | Présentes et concentrées selon le procédé de préparation | En principe absentes comme fraction cellulaire dans le sérum final |
| Composition biologique | Très dépendante du protocole ; libération possible de facteurs plaquettaires | Contient des protéines sériques et des facteurs épithéliotrophes |
| Données cliniques | Données croissantes mais hétérogènes | Étudié depuis plus longtemps ; préparation également non totalement standardisée |
Tubes PRP et centrifugeuse : importants pour le procédé, sans constituer une autorisation ophtalmique
La composition d’une fraction de PRP ne dépend pas uniquement du sang initial. Le matériau du tube, l’anticoagulant, le gel séparateur, la force centrifuge relative, la durée, le rotor, les adaptateurs et le traitement ultérieur influencent le résultat. Les études sur les collyres de PRP ne peuvent donc pas être transposées indistinctement à tout système PRP du commerce.

Vi PRP-PRO
Vi PRP-PRO est un tube PRP stérile en verre borosilicaté destiné à la préparation professionnelle du PRP. Il contient 0,8 ml de citrate de sodium et un gel séparateur thixotrope. La valeur technique standard indiquée est de 1 200 × g pendant 7 minutes.7
- Dispositif médical de classe IIa
- CE 0425
- prélèvement d’environ 9 ml de sang
- 10 tubes stériles par unité de vente
Limite à retenir : ces données décrivent un flux professionnel de préparation du PRP. Elles ne démontrent pas une destination spécifique pour la fabrication de collyres et ne remplacent pas une validation du procédé ophtalmique.

Hettich EBA 200 MD
La version MD de l’EBA 200, référence 1810, est destinée à la séparation du sang total ou de composants sanguins d’origine humaine. Son rotor angulaire intégré à huit positions accepte des tubes jusqu’à 10 ml ; les valeurs maximales sont de 3 461 × g et 6 000 tr/min.8
- Rotor angulaire à huit positions
- jusqu’à 10 ml par tube
- maximum 3 461 × g
- maximum 6 000 tr/min
Pour la valeur standard de Vi PRP-PRO, la documentation produit indique environ 3 500 tr/min sur l’EBA 200 et l’EBA 200 MD comme valeur indicative pour 1 200 × g. Le rayon réel du rotor, la position exacte du tube et les deux notices d’utilisation restent déterminants.9
Ce qui doit être contrôlé comme un système avant toute utilisation médicale
Un tube techniquement compatible et une centrifugeuse suffisamment performante ne suffisent pas. L’établissement responsable doit évaluer et documenter l’ensemble du procédé.
- Destination : vérifier la documentation, les notices d’utilisation et le statut réglementaire des deux composants.
- Compatibilité : valider les dimensions du tube, le rotor, les adaptateurs, le chargement, la RCF et la durée comme une configuration précise.
- Traitement ultérieur : définir séparément le prélèvement stérile, le conditionnement, le stockage, la durée de conservation et les contrôles qualité.
- Contexte ophtalmique : évaluer de manière indépendante la pertinence clinique et juridique pour une préparation oculaire ; les données générales sur le PRP ne suffisent pas.
Sécurité, hygiène et responsabilité professionnelle
Autologue ne signifie pas automatiquement sans risque. Le prélèvement sanguin, le traitement, le remplissage, le stockage et l’administration doivent être réalisés dans des conditions médicales et hygiéniques adaptées. Les préparations ophtalmiques sont particulièrement sensibles à la contamination microbienne. Des facteurs individuels doivent aussi être pris en compte, notamment une infection active, la cause de l’inflammation, des troubles de la coagulation, une maladie systémique ou des traitements concomitants.
La décision d’utiliser une préparation ophtalmique dérivée du sang relève donc d’une structure qualifiée en ophtalmologie. La préparation et l’assurance qualité doivent respecter les exigences médicales, pharmaceutiques, transfusionnelles et hygiéniques applicables. Une fabrication ou une utilisation autonome n’est pas acceptable.
Quelles conséquences pour la pratique ?
Les collyres de PRP constituent une option spécialisée pour certaines atteintes de la surface oculaire. La sécheresse oculaire et les défauts persistants de l’épithélium cornéen sont les situations les mieux étudiées. Les données actuelles permettent une appréciation prudemment positive, mais pas l’affirmation selon laquelle le PRP serait le « meilleur », le « plus sûr » ou le traitement généralement le plus efficace.
Une décision thérapeutique solide dépend du diagnostic, de la cause, de la sévérité, des traitements antérieurs et du protocole précis de préparation. Il est tout aussi important de distinguer clairement le PRP, le sérum autologue et les autres composants sanguins. C’est à cette condition que les résultats des études peuvent être transposés de manière pertinente à un cas clinique.
Pour les établissements qui préparent techniquement le PRP, le facteur déterminant n’est donc pas un produit isolé, mais la combinaison validée du tube, de la centrifugeuse, du rotor, de la RCF, de la durée, de l’hygiène et du traitement ultérieur. Une compatibilité documentée pour un flux PRP général ne doit pas être assimilée à une autorisation pour des collyres ophtalmiques.
Questions fréquentes sur les collyres de PRP
Les collyres de PRP conviennent-ils à tous les cas de sécheresse oculaire ?
Non. La sécheresse oculaire est une maladie hétérogène aux causes multiples. Les collyres de PRP sont surtout envisagés comme option spécialisée dans les formes sévères, complexes ou insuffisamment contrôlées. Le choix dépend du diagnostic et des constatations cliniques.
Les collyres de PRP sont-ils identiques au sérum autologue ?
Non. Les deux sont obtenus à partir du sang du patient, mais leur préparation et leur composition diffèrent. Le PRP contient une fraction enrichie en plaquettes ; le sérum est obtenu après coagulation et ne contient pas de plaquettes comme fraction cellulaire.
Les collyres de PRP peuvent-ils prévenir ou traiter les infections ?
Aucune affirmation générale de ce type n’est fondée. Une kératite infectieuse ou une autre infection oculaire nécessite un traitement anti-infectieux ciblé. Le PRP ne doit pas le remplacer.
Les collyres de PRP sont-ils autorisés et standardisés ?
La qualification juridique et les exigences de préparation et d’utilisation dépendent du pays, du contexte de soins et du procédé concret. Il n’existe toujours pas de protocole de préparation entièrement uniforme à l’échelle internationale. Les établissements doivent vérifier et documenter les règles qui leur sont applicables.
Peut-on préparer soi-même des collyres de PRP ?
Non. La préparation, le traitement stérile, le stockage et l’administration doivent avoir lieu dans une structure médicale qualifiée. Une préparation inadéquate peut léser l’œil ou être contaminée.
Vi PRP-PRO peut-il être utilisé pour des collyres de PRP ?
Les données générales du produit ne permettent pas de le conclure. Vi PRP-PRO est décrit pour la préparation professionnelle du PRP, mais cela n’établit pas automatiquement une destination ophtalmique. L’établissement devrait évaluer séparément l’ensemble du procédé sur les plans clinique, hygiénique et juridique.
La Hettich EBA 200 MD et Vi PRP-PRO sont-ils techniquement compatibles ?
La taille du tube et la plage de performances sont globalement compatibles avec le protocole PRP documenté. Environ 3 500 tr/min sont indiqués comme valeur indicative pour 1 200 × g. Le rayon du rotor, les adaptateurs, la position des tubes, l’équilibrage du chargement et les notices actuelles doivent néanmoins être vérifiés sur place.
Sources scientifiques et données techniques sur les produits
- Akowuah PK et al. Platelet-rich plasma for treating dry eye disease - A systematic review and meta-analysis. Contact Lens and Anterior Eye. 2024;47(1):102091. PubMed
- Zhang Y et al. Blood component therapy for dry eye disease: a systematic review and network meta-analysis. Frontiers in Medicine. 2024;11:1500160. Texte intégral
- Jones L et al. TFOS DEWS III: Management and Therapy. American Journal of Ophthalmology. 2025;279:289-386. PubMed
- Alizadeh S et al. Autologous Platelet-rich Plasma Eye Drops Accelerate Re-epithelialization of Post-keratoplasty Persistent Corneal Epithelial Defects. Journal of Ophthalmic & Vision Research. 2019;14(2):131-135. Texte intégral
- Kim KM et al. Effect of autologous platelet-rich plasma on persistent corneal epithelial defect after infectious keratitis. Japanese Journal of Ophthalmology. 2012;56(6):544-550. PubMed
- Vaidyanathan U et al. Persistent Corneal Epithelial Defects: A Review Article. Medical Hypothesis, Discovery & Innovation in Ophthalmology. 2019;8(3):163-176. Texte intégral
Données techniques du produit et du fabricant
- prpmed.de. Tubes PRP Vi PRP-PRO : données techniques, CE 0425, classe IIa et valeur standard de 1 200 × g pendant 7 minutes. Page produit
- Andreas Hettich GmbH. EBA 200 MD, référence 1810 : version dispositif médical, rotor angulaire à huit positions, RCF et vitesse maximales. Données du fabricant
- prpmed.de. Hettich EBA 200 MD et repères techniques spécifiques à l’appareil pour Vi PRP-PRO ; le rayon du rotor et les notices d’utilisation restent déterminants. Page produit